Prise de conscience
Il est probable que les nouvelles biotechnologies représentent pour l'humanité une étape aussi considérable que l'invention de la roue, de l'écriture ou de l'imprimerie. Pourtant, cette science qui vise la maîtrise des techniques appliquées au vivant est une vieille pratique puisque, depuis que l'agriculture existe, l'Homme a profondément transformé des plantes qui composent son environnement. Peu de personnes sauraient reconnaître aujourd'hui les "herbes folles" qui sont à l'origine du blé, du maïs, de la betterave, du tournesol, de la tomate, de la carotte, de l'artichaut ou de la laitue ... Au prix d'un travail opiniâtre, ces plantes sont devenues les nouveaux éléments "naturels" de notre alimentation.
Les nouvelles biotechnologies sont un outil supplémentaire de l'humanité à la recherche d'un mieux vivre. Certes, tout outil peut devenir une arme "par destination" comme un marteau, un bistouri, la fission atomique, une automobile ou le laser. Mais les outils sont neutres, c'est l'utilisateur qui leur donne une âme ou qui les diabolise.
L'outil des biotechnologies n'a pas pour mission de se substituer à la génétique "traditionnelle", celle que Mendel a déchiffrée. Mais alors que cette génétique traditionnelle a un caractère essentiellement aléatoire, jouant sur des milliers de combinaisons possibles et imprévisibles, les biotechnologistes cherchent à jouer sur l'expression d'un caractère identifié, très spécifique qu'ils ajoutent ou retranchent à un système biologique et qui sera transmissible à sa descendance. Ce "Plus", - cette biotechnologie - n'a d'intérêt que si elle s'applique à un système biologique déjà performant, plante ou micro-organisme.
L'irruption brutale du concept OGM dans l'information du grand public, véhiculée et commentée par des personnes dont ce n'est pas toujours la discipline, a eu pour effet d'amplifier les interrogations légitimes par ailleurs. Par exemple, les "cultures de tissus" ou les "cultures in vitro" ou le "clonage" ne sont ni plus ni moins que de la photocopie ou du bouturage. Mais on a jeté le discrédit sur leur signification. Car, lorsque nous nous éloignons de notre propos végétal pour extrapoler sur le règne animal (auquel nous appartenons), nous changeons de registre et nous nous indignons. Certes, nous avons besoin d'une éthique forte, de jalons très visibles et non ambigus. Mais, c'est à cette confusion entre éthique et technique que nous avons assisté dans les prises de position de tous bords, ces trois dernières années.