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GUY DEGARDIN

Service Agronomique TEREOS

La technique de semis sur butte est utilisée depuis plusieurs années en Allemagne où certains agriculteurs l'appliquent sur l'ensemble de leurs surfaces betteravières. Nous l'avons testée en 2004 et 2005.


 
Le principe apparaît séduisant :

un seul passage, sur un labour ressuyé, aplanit la surface à l'aide du rouleau cage, émiette la terre avec la herse rotative,  confectionne la butte avec le versoir, formate celle-ci avec un diabolo qui tourne à une vitesse réglable dans le sens de l'avancement et enfin réalise le semis. La herse rotative nécessite une forte puissance: 150 cv pour 3 mètres.

La butte, dont les flancs sont plus directement exposés aux rayons solaires, permet un réchauffement plus rapide de la terre.

buttes principes2

 

Une butte de 15 cm relève le niveau moyen du sol de 7,5 cm : cela a pour avantage d'augmenter la profondeur de la couche arable et donc améliore la longueur du pivot de la betterave; on observe moins de betteraves fourchues dans ce cas.

La récolte ne présente pas de difficultés particulières : la butte maintient bien la machine dans les rangs. L'idéal est l'utilisation d'un bâti à socs : l'arrachage entraîne moins de terre dans le circuit de nettoyage et contribue à réduire la tare-terre. Ceci s'est bien confirmé en 2004.

 

En 2004, l'expérimentation menée chez Messieurs LEROUX à Vertes Feuilles est particulièrement concluante (voir ci-dessous). En semis relativement tardif (09 avril), la levée et le développement de la betterave sont plus rapides qu'en semis classique : végétation soutenue et homogène, excellents pivots (moins de betteraves fourchues ce qui permet de réduire la tare-terre), régularité de l'émergence des collets (d'où un effeuillage facilité), rendements supérieurs et tare-terre plus faible.

 

Les interventions phytosanitaires ne présentent aucune difficulté particulière. Les buttes résistent bien aux orages.

En 2005, grâce à la mobilisation et le concours de KWS, nous renouvelons cette expérimentation sur plusieurs sites et différents types de sol : cranettes de l'Aisne, argile lourde du Noyonnais, limon battant du Soissonnais, et limon sableux du Compiègnois. Tributaire du propriétaire du chantier - agriculteur allemand - qui souhaite intervenir en France avant d'effectuer ses propres travaux, la date de semis est plus précoce qu'en 2004 : 22 au 24 mars. Pour cette technique, le sol n'est pas suffisamment ressuyé (buttes difficiles à confectionner en cranettes), ni réchauffé; le froid persiste dans le fond du sillon et cause un retard de démarrage de la levée.

Dans un champ argileux bénéficiant d'une protection naturelle par son relief et les habitations alentours, les performances 2004 sont confirmées : levée et développement rapides, meilleur pivot, racine plus importante. Malheureusement, des incidents techniques lors de la récolte ne nous permettent pas de quantifier ces éléments.

En revanche, dans les autres parcelles, les observations et résultats se montrent décevants. Les levées, le développement et la végétation sont inférieurs au semis classique.

Cela entraîne un retard de couverture du sol qui nécessite parfois un traitement herbicide supplémentaire, voire une intervention manuelle en été. Cette dernière opération s'avère très pénible, car il est particulièrement difficile de marcher dans un champ de buttes de cette taille.

Pour la tare-terre, compte tenu du faible niveau 2005 (4 à 6 % dans les parcelles expérimentées et étudiées), nous n'enregistrons pas de différences significatives. Le nombre de betteraves fourchues est plus faible, mais ne présente aucune incidence.

Developpement semis sur buttes 23 JUIN

 

 

La tare collet est systématiquement inférieure de 1 point. Les rendements sont en moyenne identiques, mais irréguliers.

Ces résultats confirment ceux enregistrés en Allemagne depuis plusieurs années : inconstant. Il semble que cette technique soit avantageuse en fin de période de semis, lorsque la terre est suffisamment ressuyée. Mais les observations démontrent que le meilleur rendement est obtenu avec un semis précoce.

La technique actuelle du semis sur butte, avec son faible débit, limite la rapidité d'intervention. Le lourd handicap de ce chantier est la puissance exigée pour un semis en 12 rangs : 300 cv. Et compte tenu de l'inconstance de ses résultats, à l'heure où les économies de production sont de plus en plus recherchées, cette technique ne semble pas économiquement destinée à un avenir prometteur.


 

INTERVENTION DE TRISTAN LEROUX AGRICULTEUR A SAINT PIERRE AIGLE DANS L AISNE.

 

QUAND A DEMARRE L’EXPERIENCE DU SEMIS SUR BUTTES ?

Nous avons initié cette expérience en 2004. Cette année là, nous avons semé 1,3 ha de betteraves avec cette technique. En 2005, nous avons testé à plus grande échelle avec 13 ha en comparaison au semis classique.
 

QUELS AVANTAGES TROUVEZ VOUS DANS CETTE TECHNIQUE ?

Ils sont nombreux. D’un point de vue agronomique tout d’abord, cette technique améliore le réchauffement de la terre ce qui entraîne une levée plus rapide des betteraves. Nous nous situons dans des limons assez froids donc cet avantage est important.

En terme de confort aussi, nous avons trouvé des points positifs : Pour les traitements par exemple, il est grandement facilité puisque le pulvérisateur suit les buttes ! Nous n’avons pas constaté d’incidence de la butte sur la qualité de pulvérisation.

Concernant le rendement, pour notre exploitation le bilan est plutôt positif. Cependant, il est à mettre en lien avec notre type de terre, des limons profonds mais froids, qui permet à cette technique de semis sur buttes de maximiser tous les points positifs cités plus haut.

 

COMPTEZ VOUS INVESTIR DANS DE TYPE DE MATERIEL ?

Le semoir que nous avons eu pour le test est un 6 rangs équipé d’une herse rotative. Avec cette largeur, nous ne pourrions pas tenir une bonne cadence de surface semée à l’hectare.

buttes tracteur

 

Si nous voulions investir, il faudrait partir sur un douze rangs équipé d’une rotative plus large. Mais dans ce cas, l’investissement devient vraiment prohibitif.

Nous nous poserons peut être la question au moment où nous devrons changer notre semoir actuel ce qui n’est pas d’actualité aujourd’hui.

 

 


 
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